«Think Tank» Europe-Mexique.

«Think Tank» Europe-Mexique.
*2008 Création, par Morgane BRAVO, President I Founder of «Think Tank» Europe-Mexico. (Franco-Mexicaine) *Avocat de formation, études & expérience Diplomatique, Sciences Politiques... 2002 en France, Candidate (Titulaire) aux élections Législatives, dans la 14ème Circonscription de Paris. 16ème arrondissement (Sud). « Euroblogger » UE, Commission Européenne, Conseil Européen, Parlement Européen, Conseil de l'Europe, CoR, EuroPcom... *Morgane BRAVO, from Paris, France. She's graduate Lawyer and have a Master’s degree in Diplomacy & Political Science...Diplomatic experience.

domingo, 10 de julio de 2011

*Rencontres d'Arles : La photographie mexicaine...*

Le Mexique reprend des couleurs

Plus de trois cent cinquante événements attendus, parmi lesquels une exposition d'art contemporain mexicain au musée d'Art moderne de la Ville de Paris, un face-à-face Diego Rivera-Frida Kahlo à l'Orangerie (Paris) et des rendez-vous musicaux, cinématographiques ou gastronomiques. L'année du Mexique en France s'annonçait grandiose. A la place, on a vu la culture prise en otage au nom d'un fait divers : la condamnation par la justice mexicaine de Florence Cassez. Terrible gâchis... « Je parlerais plutôt d'une occasion manquée », nuance Ricardo Pandal, entrepreneur culturel mexicain qui s'apprêtait à débarquer à Paris avec artistes, créateurs de mode, DJ et chefs mexicains. « Cette année culturelle offrait à mon pays une opportunité unique de montrer un autre visage que celui de la violence qui y règne. On allait enfin révéler le dynamisme des plasticiens mexicains. »

D'autant qu'il existe au Mexique une grande tradition de l'image, importée dès le XVIe siècle par les colonisateurs pour soumettre et convertir les populations indigènes, comme l'explique Serge Gruzinski dans son livre - La Guerre des images (Fayard, 1990). C'est cette tradition qui explique l'extraordinaire vitalité de la photographie mexicaine. Le pays a donné ou influencé quelques maîtres du XXe siècle. De Manuel Alvarez Bravo (1902-2002), qui a su capter toute la fantaisie mexicaine dans des photos oniriques du quotidien aux cadrages virtuoses, à Henri Cartier-Bresson (1908-2004), qui y a réalisé en 1933 ses images les plus fortes dans les bordels de la ville. Alors c'est aux photographes de Mexico - dont les expositions sont maintenues aux Rencontres d'Arles grâce à son directeur, François Hébel - que nous avons demandé de nous ouvrir les portes de la scène artistique locale.

Ceux que nous avons rencontrés ont commencé leur carrière dans les années 1990 ; Mexico se relève à peine du tremblement de terre de 1985. Des quartiers à l'abandon sont devenus infréquentables, tel le centre historique. Une bande de plasticiens internationaux décide pourtant de s'y installer, trouvant dans les gigantesques entrepôts ou les vieux bâtiments coloniaux des ateliers qu'ils louent pour une bouchée de pain. Parmi eux, le Belge Francis Alÿs, qui puise son inspiration dans l'espace urbain ; le sculpteur texan Thomas Glassford ; la Britannique Melanie Smith, dont les oeuvres explorent si finement la ville de Mexico qu'il lui a été demandé de représenter cette année le Mexique à la Biennale de Venise. Et puis il y a Gabriel Orozco, l'enfant du pays, dont les photos, dessins ou installations - comme cette sculpture d'une DS rétrécie à l'extrême ou ce crâne en damier - sont vite encensés par le Museum of Modern Art de New York. « Leur succès a influencé une génération d'artistes mexicains pour qui tout devenait soudain possible », rappelle María Minera, critique d'art de la revue culturelle Letras libres.

Le magnat des télécommunications Carlos Slim ne s'y est pas trompé. Dès les années 1990, il achète des bâtiments coloniaux, fait restaurer les imposantes maisons en pierre, puis repeindre les façades de couleurs vives, réhabilitant ainsi des rues entières. Il participe également à la création de la Fondation du centre historique dont dépend La Casa vecina, une résidence d'artistes nichée dans une travée piquée de bambous, qui organise également des ateliers pour les enfants pauvres du coin. Car le quartier, même investi par le monde de l'art, des étudiants, des cafés branchés, n'en reste pas moins populaire.

La photographe mexicaine Maya Goded - dont les séries sur les sorcières du nord du pays ou sur la « zone rouge » (un village de prostituées proche de la frontière avec les Etats-Unis, maintenues à l'écart du reste du monde) sont l'un des temps forts d'Arles - aime se perdre dans le quartier historique de Mexico. Elle y a rencontré les prostituées jeunes, âgées, déjà mères, immortalisées pour l'un de ses livres les plus bouleversants, Plaza de la Soledad : la photographe, jamais voyeuse, s'y est d'abord attachée à faire des portraits de femmes. Elle trouve aussi son inspiration au marché de Sonora, dont les échoppes pleines de jouets ou de porcelaine voisinent avec les étals consacrés à la sorcellerie. Ils regorgent de savons dont il faut se frotter pour chasser un sort, d'herbes ou d'animaux décédés qu'il faut brûler pour faire revenir un homme, ou de statuettes à la gloire de la Santa Muerte, que prient ceux qui n'ont plus rien à perdre. Seuls les jeunes artistes habitent le centre historique, dont les rues commerçantes sont organisées par thème ; dans l'une d'elles, par exemple, toutes les boutiques de fournitures scolaires, dans une autre, celles dédiées à l'électricité... Et chaque fois, des vendeurs déclamant d'assourdissantes réclames.

Les artistes plus installés ont investi les maisons modernistes - semblables à celles construites dans les années 1930 par Mallet-Stevens ou les architectes du Bauhaus - des quartiers bohèmes Coyoacán, la Condesa, Polanco, la Roma. Des républiques autonomes dont les artistes avouent rarement sortir. Cafés, boutiques de créateurs, restaurants bio, cantines d'anciens réfugiés espagnols où l'on se retrouve en fin de journée pour jouer aux dominos... On se croirait à Brooklyn, s'il n'y avait cette architecture mêlant avec grâce tous les styles dans des couleurs pétantes. En témoigne la place Rio-de-Janeiro à la Roma, égayée par la « maison aux sorcières » en briques roses, aux accents gothiques, un ancien couvent Art déco rouge et jaune, ou OMR, la plus ancienne galerie d'art contemporain de la ville, nichée dans une imposante villa du XIXe de style californien.

C'est OMR qui représente Iñaki Bonillas - également exposé à Arles -, qui a beaucoup travaillé sur les archives de son grand-père. Soit un ensemble de photos de famille, mais surtout d'autoportraits. De ce corpus, Bonillas a tiré une oeuvre conceptuelle dans laquelle il sonde autant la mémoire des siens, exilés républicains installés au Mexique, que les limites de la photographie lorsqu'il déconstruit une image ou n'en garde que les contours. S'il est représenté par deux galeries en Europe, a séduit d'importants collectionneurs, c'est à Mexico qu'Iñaki Bonillas a choisi de vivre. Parce que la ville se porte mieux. Que la scène artistique déborde d'énergie : « Ici, quel que soit le projet, je sais qu'il peut être réalisé pour une somme raisonnable alors qu'en Europe il faudrait l'abandonner faute de moyens. »
Mexico va mieux. Des lois y ont été votées, légalisant l'avortement et le mariage homosexuel (chose inimaginable dans d'autres régions de cet Etat fédéral), ce qui a apporté un souffle de liberté. La mairie a entrepris de rénover les infrastructures routières même si le trafic reste insupportable. Le musée d'Art contemporain et le musée Tamayo s'ouvrent de plus en plus à l'art contemporain.

Certes, la violence reste présente, même si c'est sans commune mesure avec ce qui se passe dans le reste du pays. Dans une tension permanente entre tradition et modernité, entre la capitale et la province, entre ceux qui restent et ceux qui migrent vers les Etats-Unis, il arrive que règne un certain chaos. « Mais c'est de cette tension que naît la créativité des artistes », souligne Christian Moire, ex-commissaire délégué de l'année du Mexique en France. Dans une mégalopole tentaculaire de vingt et un millions d'habitants traversée d'autoroutes périphériques, il faut chaque jour inventer de nouvelles solutions pour permettre à tous de vivre ensemble. Et cette quête permanente nourrit les artistes.

De nouveaux galeristes se lancent pour les accueillir. Comme Patricia Conde, qui vient d'ouvrir le premier espace dédié à la photographie, tout près du musée Soumaya, l'institution privée - accessible gratuitement - qui abrite la très inégale collection de Carlos Slim et dont l'architecture (signée du gendre du milliardaire) évoque une cuvette de WC. Patricia Conde choisit au contraire ses artistes avec soin. Telle Dulce Pinzón, fille de bonne famille rentrée au pays après s'être retrouvée aux Etats-Unis dans la dure situation d'immigrée ; de quoi lui inspirer cette formidable série de photos : « La véritable histoire des ­superhéros ». Des travailleurs mexicains de New York y sont photographiés sur leur lieu de travail drapés de costumes de Batman ou de ­Superman ; pour seule légende, leur profession et la somme qu'ils envoient chaque semaine au pays. Présenté aujourd'hui à Arles, ce travail a remporté le prix de la Biennale de Mexico (2006), organisée par le très dynamique Centro de la Imagen, en alternance avec Fotoseptiembre, l'équivalent du mois de la photo. Dulce Pinzón travaille actuellement sur l'écologie. Car pour les artistes mexicains, plus question, dans un monde globalisé, d'interroger seulement leur « mexicanité » : de puiser dans l'histoire précolombienne ou révolutionnaire, dans la culture populaire ou la tradition esthétique colorée du pays... Ce qui ne les empêche pas de sonder leur terre, via des thèmes comme les flux migratoires ou l'environnement, qu'ils explorent dans un langage plastique résolument contemporain. C'est ce qui fait leur force. Dommage que seules les Rencontres d'Arles permettent cette année de s'en apercevoir.


Bien à vous,
Morgane BRAVO

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